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Rencontre avec Marius Musca Responsable des urgences à Médecins du Monde France

Notre équipe a rencontré Marius Musca, responsable des urgences à Médecins du Monde France, qui revient sur son expérience au Bangladesh auprès du peuple Rohingyas.

 

 

Quelle est la situation des Rohingyas aujourd’hui ?

La situation des Rohingyas n’est pas récente : on parle d’une population privée de ses droits depuis de nombreuses années, qui vivait initialement au Myanmar dans une région frontalière avec le Bangladesh. Déjà au Myamar, ils étaient privés d’un accès aux services et surtout à la citoyenneté.

La majorité des Rohingyas n’a jamais été reconnue comme citoyens du Myanmar, pour plusieurs raisons : du fait de leur statut de musulmans, de leur appartenance à un groupe éthique différent… Cela fait déjà 30 ans qu’ils se déplacent, mais depuis un an la situation de la Birmanie se détériorant, plus d’un million de Rohingyas sont partis de l’autre côté de la frontière au Bangladesh, dans la région de Cok’s Bazar. Au début, c’était de manière un peu sauvage et dans un deuxième temps, les autorités du Bangladesh ont essayé de contrôler le phénomène en confinant les réfugiés dans un camp.

Dès le moment où ils traversent la frontière, ils sont considérés normalement comme des réfugiés. Mais le Bangladesh n’a jamais voulu les reconnaître comme tels, parce que ce statut leur donnerait accès à des droits de protection, de santé, d’éducation…

L’unique solution viable serait de reconnaître leurs existences

Comment la situation pourrait-elle évoluer ?

La situation est pour l’instant une impasse parce que l’unique solution viable serait de reconnaître leur existence, soit comme citoyens du Myanmar soit comme réfugiés du Bangladesh. Ça serait la solution idéale pour donner une identité à ce groupe de personnes et la reconnaissance d’un statut pourrait leur permettre d’avoir accès à des services, à des droits. C’est difficilement envisageable parce que ça fait 30 ans qu’ils n’ont pas de statut. C’est pour ça que la situation est devenue très très difficile. 

Ils pourraient vouloir retourner au Myanmar, mais aujourd’hui, leur volonté est conditionnée par le respect de certains critères : qu’on leur garantisse une sécurité, un respect de leurs droit, mais ce n’est pas le cas. Les Nations Unies sont en train de négocier avec le gouvernement birman la reconnaissance de certains droits, mais en attendant ils sont au Bangladesh et vivent dans des conditions absolument terribles : la densité de population est très très haute, la criminalité en augmentation, ils n’ont aucun revenu, ils sont complètement dépendants de l’aide internationale. Sans aide internationale, ils n’ont aucun service ou aucun moyen d’existence.

Il y a quelques services d’éducation mis en place par les organisations humanitaires internationales, mais ce n’est pas un idéal, ce n’est pas une solution de long terme . En plus, ils vivent sur une zone inondable, l’accès n’est pas facile, l’infrastructure est déficitaire et la saison des moussons commence à arriver… 

Quelles sont les actions de Médecins du Monde sur place ? 

Mon rôle quand je suis allé au Bangladesh consistait à témoigner des conditions de vie de ces populations en grande précarité en étant sur le terrain, mais aussi à coordonner l’intervention de Médecins du Monde, présente sur place depuis le début de la crise.

Nous travaillons dans le camp avec des équipes à la fois en cliniques fixes, mais aussi mobiles qui offrent des soins de santé primaires, des soins de santé sexuelle et reproductive, des soins de santé mentale… Une problématique extrêmement grave sur laquelle nous travaillons aussi, c’est celle de la violence faite aux femmes. Médecins du Monde fait la prise en charge des femmes qui ont subi des violences, sexuelles ou non. C’est une prise en charge médicale, psychosociale et maintenant on essaie de les prendre en charge d’un point de vue juridique. Mais c’est extrêmement difficile parce que leur statut n’est pas reconnu, donc administrativement elles n’ont pas de droits légaux et juridiques.

 

 

Qu’est-ce qui vous a marqué le plus lors de votre visite ?

C’est une situation de grand désastre humanitaire et ce qui m’a impressionné et choqué le plus, c’est les conditions de vie des personnes, qui vivent à 10 dans la même pièce, des abris de fortune faits en bambous, dans une grande promiscuité, sans accès à l’hygiène. Imaginez-vous un million de personnes avec très peu de toilettes, très peu d’accès à l’eau, qui ne peuvent pas se laver… En plus le risque épidémiologique est très élevé. Honnêtement, c’est la situation la plus terrible que j’ai vue dans ma carrière humanitaire. 

Dans l’immédiat la population n’a pas d’espoir,  puisqu’il n’y a aucune issue à cette situation. Quand tu n’as pas d’espoir c’est terrible, c’est l’unique chose qui te tient en vie, qui te donne envie de te battre. Il faut dire aussi que la plupart des personnes dans les camps sont des femmes et des enfants. Parce que les hommes sont restés au Myanmar, toujours dans de grandes difficultés, pour défendre le peu de propriétés qu’ils ont. Donc ceux qui sont les plus exposés sont les femmes, les enfants, les personnes âgées, les malades… Mais je dirais que 70% de la population du camp sont des femmes et des enfants. Elles manquent de protection, elles sont très vulnérables, particulièrement les enfants. 

 

Merci à Marius Musca pour cet entretien

Plus d’infos sur notre action au Bangladesh

Portrait et interview | ©Marion Quesneau
Photos du Bangladesh | ©Arnaud Finistre

Publié le 18/06/2018

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