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Témoignage Navigateur autochtone

Je suis Jimmy Siméon, de Mashteuiatsh, une communauté autochtone de la nation innue d’environ 2 000 personnes, située sur la rive ouest du Pekuakami, aussi appelé Lac Saint-Jean. C’est là que j’ai grandi avec ma famille, tout en ayant la chance de connaître la vie en forêt. Je suis maintenant navigateur autochtone pour Médecins du Monde à Montréal.

En tant que navigatrices ou navigateurs autochtones, nous avons la mission d’accompagner les personnes autochtones vivant en situation d’itinérance en milieu urbain, pour faciliter leur accès à des soins de santé, en les aidant à « naviguer » dans le système.

J’accompagne des personnes comme Agnès une kukum (grand-mère) d’origine mi’kmaw (micmac). C’est une survivante des pensionnats qui porte en elle plusieurs traumatismes liés à ce qu’on lui a fait subir. Sa mobilité est difficile en raison de sa faible vue. J’ai fait avec elle des démarches pour qu’elle puisse obtenir une nouvelle paire de lunettes et une chirurgie de la cataracte. Agnès est par ailleurs en rémission d’un cancer et je suis à ses côtés à chacun de ses rendez-vous de suivi. D’abord placée en centre d’hébergement d’urgence pour femmes autochtones, elle vit maintenant en logement autonome depuis quelques mois.

Vos dons nous permettent de prendre le temps de bâtir des liens durables avec des personnes comme Agnès et ainsi de les accompagner et de les soutenir dans la prise en charge de leur santé. Merci de faire un don à Médecins du Monde et au programme de navigatrices et de navigateurs autochtones.

J’ai aussi accompagné Jacob, un mushum (grand-père) anichinabé, qui vivait des périodes d’itinérance depuis son jeune âge. Parce qu’il avait un grand sens de l’humour, c’était toujours un immense plaisir de l’accompagner à ses rendez-vous médicaux ou encore de passer des moments à discuter avec lui, assis sur les marches de l’église où il dormait la plupart du temps, été comme hiver.

On appelait régulièrement sa famille : il aimait prendre de leurs nouvelles et leur rendre visite à l’occasion, mais en raison de la pandémie, cela n’a plus été possible. La vie dans la rue est devenue de plus en plus difficile. C’est pourquoi sa sœur lui a aménagé une roulotte pour qu’il y vive confortablement et en sécurité. Toutefois, la persistance de la pandémie a eu un impact majeur sur sa santé. Malheureusement, Jacob est décédé sans jamais avoir pu retrouver sa famille.

Ce n’est pas facile tous les jours d’être en relation d’aide auprès des autres. Mais savoir que vous êtes là, à nos côtés, pour appuyer notre travail est un grand réconfort. 

Plusieurs facteurs font en sorte que les populations autochtones en milieu urbain se retrouvent marginalisées et en situation d’itinérance, comme des barrières systémiques à l’emploi et au logement, l’absence de soutien social et le manque d’accès à des services adaptés à leurs besoins et à leur réalité culturelle.

À cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux soins de santé et aux services sociaux auxquelles elles font face. Le personnel médical du système de santé publique n’a souvent pas la sensibilité ou les connaissances qu’il faut pour reconnaître le poids historique, social et humain qu’ont engendré sur les populations autochtones la Loi sur les Indiens, le regroupement des enfants dans des pensionnats et les déplacements forcés.

Notre travail de navigateur n’est pas encore assez reconnu. À l’urgence, par exemple, quand j’accompagne une personne autochtone, je dois souvent prendre le temps de justifier ma présence et d’expliquer pourquoi je suis là et ce que je fais concrètement. Et souvent, c’est en mentionnant que je travaille pour Médecins du Monde que je suis pris au sérieux et que la personne que j’accompagne finit par recevoir les services appropriés.

C’est pour cette raison que nous offrons des sessions d’information dans les institutions de santé qui reçoivent des patients autochtones, pour développer chez les professionnels une meilleure compréhension générale des enjeux relatifs aux populations autochtones.

Grâce à vous, le programme de navigatrices et de navigateurs autochtones de Médecins du Monde donne de l’espoir. Il démontre que si nous prenons le temps de prendre le temps, nous finissons par trouver des solutions et que les choses peuvent s’améliorer en travaillant ensemble.

Merci d’appuyer Médecins du Monde et de permettre au programme de navigatrices et de navigateurs autochtones d’exister, parce que cela permet vraiment de changer les choses.

 

Jimmy Siméon

Navigateur autochtone – Médecins du Monde

Publié le 31/05/2021

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