Visite du camp de Chamisko

IMG_2271 - Cropped

 

Avec le soutien du gouvernement du Canada, Médecins du Monde Canada contribue depuis avril 2016 aux opérations du réseau international de Médecins du Monde, afin de venir en aide aux personnes affectées par le conflit en Irak. Patrick Robitaille, directeur des opérations internationales, et Samuel Laurin, gestionnaire de projets internationaux chez Médecins du Monde Canada, ont visité les programmes du réseau international de Médecins du Monde dans la région du Kurdistan irakien au mois de mars 2017. À cette occasion, ils se sont rendus dans le camp de Chamisko, le plus grand camp de déplacés du Kurdistan irakien, où plus de 25 000 personnes, majoritairement des Yézidis, sont installées depuis août 2014. Médecins du Monde y tient le seul centre de Santé.

« Chamisko est une petite ville en soi, avec des commerces, un marché ou encore une école, pourtant l’ennui et le désespoir semble régner. Les rêves et espoirs sont mis en « pause », tout le monde est en attente, sans savoir quand il sera possible de rentrer à la maison. Certaines personnes ont réussi à trouver du travail dans le camp, ce qui les garde quelque peu occupées. La plupart des réfugiés sont plus souvent malades qu’en temps normal ; le stress et le froid – surtout l’hiver – aggravent la situation. Les maladies chroniques prennent plus d’ampleur dans ces circonstances », raconte Patrick.

 

L’équipe de Médecins du Monde au centre de santé du camp est d’ailleurs composée en grande partie de personnes déplacées par les conflits.

« Ma fille avait 6 mois lorsque l’État islamique est arrivé chez nous. Nous avons réussi à fuir, mais, elle, ma fille était très malade et nous pensions qu’elle allait mourir. Nous avons marché pendant plus de 60 heures, sans eau potable, sans nourriture. Il faisait tellement froid », explique un père vivant au camp. Aujourd’hui, sa fille a plus de deux ans et ne connaît que la vie dans le camp de Chamisko.

« Les familles rencontrées nous expliquent qu’elles menaient une vie plutôt confortable avant l’arrivée de l’État islamique. Parmi elles se trouvent des agriculteurs, des bergers et des professeurs. Lors des premières évacuations, certaines ont perdu quelques-uns de leurs membres. Aujourd’hui, la dégradation de la situation sécuritaire ne leur permet pas de retourner dans leur région : cela fait près de deux ans qu’elles vivent dans ce camp. », note Samuel.


À Chamisko, les déplacés sont sensibilisés aux bénéfices des activités psychosociales. Les équipes en place travaillent notamment à la détection des symptômes de traumatismes et des problèmes de santé mentale pour pouvoir les traiter adéquatement.

« Derrière des migraines et des crises d’angoisse peut parfois se cacher un traumatisme immense causé par la perte de tout repère de vie : les amis, la famille, le travail et l’environnement habituel de manière générale. », explique Patrick.

Des sessions en groupe ou individuelles, proches de séances de thérapie, sont mises en place. Le personnel de santé mentale de Médecins du Monde appartient généralement à la même communauté que les patients et sont eux-mêmes déplacés. Dotés d’une forte capacité de résilience, ils parviennent à nouer des liens de confiance avec les patients.

Témoignage de Wansa

« En 2014, mon mari travaillait à Bagdad comme gardien. Quelques-uns de nos enfants qui étudiaient à Mossul étaient revenus à la maison pour l’été. Lorsque nous avons appris que l’Était islamique se dirigeait vers Sinjar, là où nous habitions, j’ai appelé mon beau-frère et nous avons immédiatement fui pour nous réfugier en montagne. J’ai six filles et je sais ce qu’ils font aux femmes et aux filles. Nous n’avons pas eu le temps de prendre quoi que ce soit avec nous, nous pensions pouvoir revenir rapidement à la maison. Nous avons dormi dans les montagnes pendant 10 jours, sur des pierres. Ensuite nous avons fui plus près de Dohuk, à un autre endroit plus loin en montagne. Finalement, après un mois, nous avons pu atteindre Chamisko. Cela fait deux ans que nous y sommes.

Mes deux filles les plus âgées et mon fils sont partis en Allemagne. Ils ont traversé la Turquie, puis la Grèce et ont pris un bateau pour l’Europe de l’Est. Ils ne sont pas ensemble à l’heure actuelle, mais ils sont en sécurité.

Lorsque Sinjar a été attaqué, nous étions très en colère et nous avions très peur. Surtout en tant que mère, j’ai peur pour mes enfants. Maintenant, je partirais d’Irak s’il le fallait, avec les enfants qu’il me reste. Ils n’ont aucun avenir ici. Je sais que cela peut être dangereux et je suis consciente que la vie ne sera pas forcément facile pour nous ailleurs, mais au moins nous aurons la chance d’en commencer une nouvelle. Ici, nous n’avons rien, nous sommes tout simplement en attente. Si l’avenir de notre propre pays est incertain, comment pouvons-nous avoir un quelconque espoir en le nôtre ? »

 

 

 

 

Pas de commentaires à présent.

Commenter